Discours de l'Ambassadeur
Discours de l'Ambassadeur Roger A. Meece
Programme organisé par le Ministère de la Culture
"La Culture de la Démocratie en Amérique"
Samedi 4 février 2006
Salle des Conférences du Ministère des Affaires Etrangères
Kinshasa, République Démocratique du Congo
Excellence Monsieur le Ministre,
Distingués Invités,
Mesdames et Messieurs,
Je vous remercie du privilège qui m’est donné de participer à cette série de conférences sur la culture de la démocratie. Je propose aujourd'hui quelques réflexions sur notre expérience en tant qu’Américains et en tant que nation. Depuis plus de deux siècles, les Américains ont la conviction inébranlable que la démocratie est la meilleure forme de gouvernement. Nous savons que les démocraties font de meilleurs voisins; les démocraties tendent à ne pas se faire la guerre. Quelle meilleure raison peut-il y avoir pour promouvoir la démocratie?
Toutefois, dans mon adresse ce matin, je voudrais parler de la démocratie aux Etats-Unis, plutôt que des relations entre pays. Je voudrais m’entretenir de la manière dont la liberté, l’état de droit, les droits civiques et l’égalité des chances contribuent à notre culture démocratique.
On enseigne aux enfants aux Etats-Unis la Règle d'Or: « Faites aux autres ce que vous aimeriez qu’ils vous fassent ». Je me souviens que l’on me l’a souvent répété. Les parents et les enseignants entendent dire par-là : comportez-vous bien envers les gens. Comme il en est avec les jeunes partout dans le monde, on nous enseignait ainsi la différence entre le bien et le mal.
Comme les autres enfants, j'ai également commencé à apprendre ce qu’est la démocratie à un jeune âge. J'admets que comme jeune garçon, je n'étais pas beaucoup intéressé par les structures de gouvernement ou par les relations inter-institutionnelles. Ce que j'ai appris, cependant, sont les principes de la démocratie, y compris les libertés fondamentales et les responsabilités qui accompagnent les libertés nécessaires pour qu’une société prospère. En grande partie, ceci se résume parfois dans l'expression « La majorité gouverne, la minorité a ses droits ». [« Majority rule, minority rights »]. Dans notre population très diverse et multiculturelle, les majorités de personnes sont constituées pour gouverner et pour définir les politiques. Cependant, dans un même temps, il doit y avoir un ensemble solide de principes, de lois et d’institutions pour protéger les droits de tous les citoyens, particulièrement ceux qui ne font pas partie de la majorité, pour s'assurer que toutes les composantes de la société participent pleinement à la société américaine et à son gouvernement, et contribuent au bien-être général.
Grandissant, nous les jeunes avons appris à mettre ces notions dans un contexte historique, en particulier dans celui des événements clés de 1776. Cette année-là, il y a 230 ans maintenant, les Etats-Unis se sont créés quand ses treize colonies constituantes se sont déclarées indépendantes de l’autorité britannique. Les émotions passionnées à cette époque ont inspiré les Américains à se sacrifier en guerre pour se libérer d'un gouvernement autoritaire et lointain -- pour établir des libertés fondamentales et la notion, alors radicale, d'un gouvernement qui tire sa souveraineté et son autorité du consentement des gouvernés. C'est le principe fondamental qui nous guide encore aujourd’hui, incorporé dans les trois premiers mots de notre Constitution délibérément écrits en lettres beaucoup plus grandes que le reste du texte « We The People … » « Nous, Peuple... »
Il y avait, cependant, une autre idée essentielle dans ces premiers pas pour constituer les Etats-Unis. Thomas Jefferson a exprimé cette idée dans notre Déclaration d'Indépendance: « ... tous les hommes sont créés égaux... ils sont dotés par leur Créateur de certains Droits inaliénables... parmi lesquels la Vie, la Liberté et la recherche du Bonheur ».
Quelle que soit l’éloquence du langage de notre Déclaration d'Indépendance du 4 juillet 1776, il a fallu vaincre des batailles, une « Guerre révolutionnaire » contre la Grande-Bretagne, et de nombreux événements et luttes consécutives, pour épauler ces mots courageux et inspirateurs. En effet, nous continuons toujours à oeuvrer pour améliorer notre société; pour assurer que nos valeurs et nos principes sont appliqués, et que tous en bénéficient équitablement. La démocratie et une société juste exigent un effort permanent continu. Elles ne sont pas réalisées par un seul événement ou par un seul acte, et moins encore par une seule loi électorale.
Après la Guerre révolutionnaire et l'Indépendance, et après quelques années d’expérimentation pour définir un gouvernement fédéral national, pratique et populaire, les délégués se sont réunis pour rédiger ce qui est devenu notre Constitution. Elle a maintenant presque 220 ans : c’est la Constitution écrite en vigueur la plus ancienne. Ce n'est pas un document terriblement compliqué; il ne contient que sept articles. Cependant, il établit la séparation fondamentale des pouvoirs et un système de ce que nous appelons « contrôles et équilibres » qui nous ont bien servi en tant que pays.
Le Premier Article de notre Constitution a établi la législature nationale pour écrire la loi. Ceci était perçu par les auteurs de la Constitution comme étant l’aspect le plus important du gouvernement, incarnant plus directement la volonté des électeurs. Le Deuxième Article a créé l’exécutif - pour appliquer la loi. Le Troisième Article a établi la Cour Suprême et les cours fédérales inférieures pour juger les violations de la loi. Le message dans tout le document est clair: les Etats-Unis sont en fin de compte et fondamentalement, et ce dès son origine, Un Etat de Droit.
Le Président Abraham Lincoln fut notre 16ème Président à une période difficile - la Guerre de Sécession, autrement dit la Guerre Civile. Dans son discours au champ de bataille de Gettysburg, Lincoln résuma admirablement tout ce que j'ai dit jusqu'ici. Il énonça que nous nous sommes conçus pour être une nation basée sur la liberté … signifiant association libre, expression libre... et consacrée à la proposition que tous les hommes sont créés égaux, signifiant égaux devant la loi. Notre nation devait être une nation qui prime l’autorité de la loi, et pas l’autorité d'hommes.
Il y a 143 ans, le Président Lincoln fit ce discours à l’apogée de notre Guerre Civile qui avait été provoquée, en partie, du fait que beaucoup parmi nous à cette époque - notamment les esclaves - n'étaient pas égaux devant la loi. Le Président Lincoln fut parmi les milliers de personnes à payer de sa vie à cause de cette guerre.
J'ai grandi en Amérique pendant le mouvement de Droits Civiques des années 50 et 60, quand beaucoup de membres de notre minorité noire ont montré courageusement et de façon convaincante aux Américains que, cent ans après notre Guerre Civile, tous les hommes n’étaient toujours pas égaux devant la loi. Ces personnes héroïques nous ont rappelé que, bien qu’ayant un état de droit, certaines de nos lois étaient injustes et elles perpétuaient l'inégalité. Certaines lois étaient basées sur le principe, largement adopté après la Guerre Civile, que séparé peut être égal.
[« Majority rule, minority rights »].
Notre Cour Suprême a aboli le principe « séparé mais égal » en 1954. La cour décida que les écoles séparées pour les Noirs et les Blancs ne pourraient pas être de qualité égale. Cependant, cela a pris beaucoup plus d'années de lutte des droits civiques pour que les mauvaises lois cèdent la place à des meilleures, et pour que de meilleures lois soient mises en application, particulièrement au niveau des Etats. Nous avons appris à associer à cette lutte des personnes comme Rosa Parks, Martin Luther King et Coretta Scott King, et à les admirer pour cela. L’héritage durable du mouvement de Droits Civiques est un sens renforcé de justice sociale et de la valeur de la diversité dans la culture américaine. Nous avons appris du mouvement de Droits Civiques que les lois doivent être justes, et appliquées avec justice, pour être considérées légitimes. J'ai moi-même vécu la grande partie de cette période, en tant qu'étudiant, et je me rappelle que ce n'était pas une période facile. Elle a cependant donné des résultats très importants qui ont permis à l'Amérique de progresser et de s'améliorer, renforçant l'application de nos propres valeurs et principes.
Il y a une semaine, à propos de la victoire du Hamas aux élections législatives palestiniennes, la Secrétaire d'Etat Condolezza Rice a reconnu qu'elle n'a pas aimé les résultats de ces élections, mais elle a dit que les Etats-Unis d’Amérique doivent soutenir la démocratie et accepter les résultats des urnes. Les Etats-Unis, a t-elle dit, ont traversé leurs « propres luttes pour la démocratie », ajoutant que nous devrions être probablement un peu plus tolérants et compréhensifs en ce qui concerne les luttes de nouvelles démocraties. « Peut-être devrions-nous prendre du recul et nous souvenir que nos propres parcours vers la démocratie ont également été mouvementés et difficiles », a t’elle ajouté. Le Secrétaire d'Etat Condolezza Rice a illustré ses propos en rappelant qu’elle est originaire d'une région des Etats-Unis où ses parents n'ont pas vraiment eu le droit de vote jusqu'en 1965.
Ces « luttes pour la démocratie » ont renforcé notre Constitution au fil des ans. A travers les débats et le compromis raisonnés des législateurs, à travers quelques amendements largement admis, et à travers des décisions judicieuses de nos plus hautes cours de justice, notre Constitution et sa jurisprudence ont été le berceau de notre civilisation et de notre culture politique. Que nous soyons Républicains, Démocrates, Indépendants, Américains d’origine asiatique, Hispano-Américains, Afro-Américains, Amérindiens, de descendance européenne, ou de quelque autre mélange, notre héritage commun en tant qu’Américains, qui nous fait saluer fièrement notre drapeau, est le respect de la loi, de la loi équitable et des institutions qui la soutiennent. Pour nous, personne n'est au-dessus de la loi, pas même notre président. Je devrais dire, particulièrement pas notre président, parce que c'est le président, Chef de l’Exécutif, qui doit incarner ce respect de la loi.
Une déclaration de principes relativement brève, notre Constitution nous a permis de passer de 13 états vulnérables à 50 états. Comme document, elle ne s’encombre pas de définitions ou de directives sociales, laissant son adaptation aux interprétations des tribunaux. Elle relègue également une grande partie de la tâche quotidienne de gouverner aux états constituants des Etats-Unis en accord avec les principes du fédéralisme. Chaque état a sa propre constitution et son autonomie dans plusieurs domaines, tels que la perception des impôts et le droit pénal. C’est la législation dite fédérale qui régit les relations entre les états et le fonctionnement du gouvernement national. C'était un arrangement naturel pour nous : notre pays a commencé par des états individuels qui se sont librement unis pour former « une Union plus parfaite. »
Par ailleurs, notre Constitution n’essaie nullement de légiférer l’égalité économique. Elle maximise plutôt la valeur de la liberté, dont la tendance a été de favoriser la libre entreprise et la libre concurrence. Nous avons appris que la liberté crée des opportunités, autrement appelé en 1776 « la recherche du bonheur. » Si vous avez des mérites, si vous travaillez dur et vous vous instruisez, vous pouvez réussir.
Nos gouvernements, national et de nos Etats, se sont engagés à offrir aux Américains les mêmes opportunités, en s'assurant, tout d'abord, que tous les adultes peuvent voter et avoir une voix dans leur gouvernement. Si votre candidat ou votre parti perd les élections, il y aura toujours d’autres élections et une autre occasion de changer, pacifiquement, la majorité.
En Amérique, nous avons une expression populaire – « il faudrait qu’il y ait une loi! » C’est souvent employé avec humour, comme, par exemple, dans, « Il devrait y avoir une loi contre les sonneries ennuyeuses de téléphones portables! ». « Il devrait y avoir une loi » et non pas, « Il devrait y avoir tel ou tel politicien ». Toutefois, bien qu’humoristique, l'expression signifie que nous Américains voulons que nos structures juridiques fassent justice. Quels que soient les politiciens en fonction, et quelle que soit la majorité, nous avons l'assurance historique que nos institutions gouvernementales continueront à fonctionner comme elles le devraient, ancrées comme elles le sont dans notre vénérable Constitution.
Nous n'avons pas atteint la perfection. Ni sommes-nous persuadés que les formes de notre gouvernement sont nécessairement les meilleures pour tout autre pays. Chaque société doit définir des systèmes et des gouvernements plus adaptés à sa propre culture et à sa propre histoire. Nous croyons, cependant, que les principes fondamentaux de notre Déclaration d'Indépendance et de notre Constitution sont valables au-delà de nos frontières. « La Vie, la Liberté et la recherche du Bonheur » sont des aspirations partagées par tous de par le monde. Dans notre pays, nous continuons à oeuvrer pour les atteindre. Nous continuerons également à oeuvrer avec toute personne de bonne volonté pour aider à réaliser ces aspirations de démocratie et de droits de l'homme dans leurs propres sociétés ainsi que dans leurs systèmes de gouvernement.
Je vous remercie.